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Sympto versus TCOYF

Nouvelle série : « Comparaison des méthodes symptothermiques »

Volet n°1 Sympto versus TCOYF

 

Préliminaire : Prochainement, nous reviendrons sur la comparaison détaillée entre sympto (nfp-sensiplan/Rötzer) et mynfp.de (Sensiplan, la norme symptotermique européenne validée scientifiquement), déjà abordée dans nos études sur les applications 2013 – en français – et 2014 – en anglais (résumé français) – ainsi que dans le manuel La Symptothermie complète (ed.2017) p. 85 ss.

 

Toni Weschler

Le système TCOYF (2015), proposé par Toni Weschler réunit principalement deux méthodes ayant des paradigmes différents : le système Billings et les systèmes symptothermiques. Sympto suit le paradigme Sensiplan qu’il prétend avoir contribué à améliorer dans le cadre de son didacticiel sympto.

La spécificité du système Billings est la notion de base PIB, le Profil d’infertilité de base : la femme, d’emblée, est considérée comme infertile, donc se trouvant dans son PIB avant qu’elle ne détecte l’arrivée de sa fertilité qui mettra un terme au PIB. Dans la symptothermie, c’est le contraire : la femme est potentiellement toujours fertile même pendant les règles, à moins qu’elle ne puisse observer son infertilité par des critères très stricts, un « double contrôle » (voir plus bas). Par exemple : la phase infertile (jaune) postovulatoire précédant les règles permet d’établir des jours infertiles pendant ces règles. Ce changement de perspective n’est pas anodin.

Ce PIB, une fois déterminé par la femme, permet éventuellement d’allonger la phase infertile préovulatoire (rose sur sympto) en fonction de son PIB individuel ; la femme « gagne » ainsi en jours infertiles, voici un avantage incontestable. Mais ces jours supposés infertiles le sont-ils vraiment ? Dans un système symptothermique complet, non, car l’infertilité doit être confirmée par deux critères bien établis, le double contrôle : aucun élixir n’est visible (ou aucune sensation d’humidité) d’une part et la non arrivée du jour de Döring (déterminé par les précédentes montées thermiques) de l’autre. Les systèmes à PIB qui soit ne travaillent pas avec des températures, soit, comme TCOYF, sont des systèmes symptothermiques « light » (ne tenant pas compte du fameux jour D au début du cycle), ne peuvent opérer ce double contrôle pour clore la phase infertile préovulatoire.

Le PIB, lui, peut être identifié par un seul critère : la glaire cervicale. Mais dans ce cas il faut que le cycle se laisse facilement observer. Car dès que la femme souffre des desquamations vaginales permanentes, elle doit s’observer durant trois cycles consécutifs pour déterminer son véritable PIB. Le principe est : si le schéma des desquamations reste le même dans chaque cycle, elle est infertile : dès que le schéma se modifie, une phase fertile est entamée. Dans les Rötzer/sympto, ce raisonnement n’a pas lieu, les desquamations intempestives sont considérées comme une anomalie dont il faut identifier la cause (alimentaire, vestimentaire, infectieuse, etc. Voir page 151 du roman Sandra &Timmy, Harri Wettstein et l’annexe B de L’Art de vivre sa fertilité, Joseph Rötzer).

Exprimé dans le langage de sympto, TCOYF affirme le PIB par un trait noir (rien vu/senti) ou le petit soleil (se sentir sèche, légères démangeaisons). Sur sympto (nfp-sensiplan/Rötzer), le résultat de cette observation est identique dans la phase préovulatoire (rose). Mais dès que ces deux signes d’infertilité se situent au jour D ou au-delà, la femme doit tout de même se considérer comme fertile pendant les 12 premiers mois. Sur TCOYF, elle est d’emblée considérée comme infertile pendant tous ces jours préovulatoires pour autant que le signe observé indique infertile. Le danger est alors que son cycle se trouve déjà réellement dans la phase fertile mais qu’elle ne perçoive aucune trace d’élixir, ce qui est très courant ! Elle mettra donc le trait et la phase infertile continue (à tord). Sur sympto (et systèmes analogues), le jour de sécurité D est par défaut positionné jour 6 pour toutes les débutantes. il faut attendre les 12 premiers cycles avant de pouvoir s’assurer d’avoir (éventuellement) plus de 5 jours infertiles préovulatoires (roses). Par la suite, une experte sympto pourra oser des rapports non protégés au début de la phase bleue : elle pourra en effet considérer le trait et le petit soleil (ou l’autopalpation du col) au début de la phase fertile (bleue) comme un double contrôle de l’infertilité quand bien même la phase fertile soit clairement ouverte par le jour D. La femme sait alors qu’elle prend un risque minime (double-contrôle), mais elle n’est pas en train de se dire « mon PIB continue »!

Rappel. L’observation de la goutte bleue (ou bâton bleu) ou équivalent est un indicateur de fertilité dans tous les systèmes ; dans sympto/nfp-sensiplan/Rötzer, le ressenti humide de la goutte bleue dans la phase rose déclenche immédiatement la phase bleue fertile !

Il arrive que la femme ait des écoulements vaginaux (phénomène atypique) dès l’arrêt des règles, ce qui, à première vue, ne justifierait ni le trait noir ni le petit soleil : dans TCOYF (et Billings), puisque ces écoulement constituent son PIB, elle pourra se considérer comme infertile mais c’est chaque fois du cas par cas et elle doit travailler pendant trois cycles pour déterminer son PIB individuel. Sur sympto, la femme fera un test du verre d’eau pour déterminer la nature de ces sécrétions vaginales (élixir ou desquamations?). Si c’est une desquamation, sur sympto, elle ne mettra pas la goutte ni le nuage bleu et encore moins le nuage jaune qui est un signe spécifique pour exprimer l’élixir collant après le jour sommet; elle ne mettra aucune icône de fertilité, mais elle placera un commentaire dans les Remarques pour mémoire à propos de ces desquamations vaginales (DV) ! En clair, la femme doit mettre un trait noir, infertile, et, de temps à autre, un commentaire de ce qu’elle a vu.

Dans sympto, le concept du PIB est réservé au programme d’allaitement (unique pour l’instant sur sympto) car, dans cette situation, la femme est effectivement dans une infertilité de base après l’accouchement et sa fertilité se reconstitue peu à peu au bout de quelques mois d’allaitement. Les prises de températures n’ont pas lieu, la mère allaitante se base donc uniquement sur un système type Billings, il n’y aura pas de confusion méthodologique. Dans cette situation, elle peut en effet fréquemment avoir des sécrétions vaginales qui ne varient pas et qui, dans ce cas précis, ne représentent que des sécrétions normales provoquées de la prolactine. Elles seront donc considérées comme son PIB.

Autre différence capitale entre TCOYF et sympto : sympto résume toutes les possibilités d’observation dans son tableau à étoiles, le Da Vinci Code sympto : les différentes combinaisons entre le jour sommet et la montée thermique sont explicites. On voit bien ce qui se passe en cas de montée de température précoce (avant le basculement de la glaire cervicale matérialisé par le jour sommet sur sympto, JS) mais également en cas de montée de température tardive (après le jour sommet).

TCOYF n’aborde pas les montées précoces qui sont pourtant clairement attestées dans d’autres systèmes sympothermiques. De plus, TCOYF n’admet que des montées retardées débutant un ou deux jours après le jour sommet. Si la température amorce sa montée le 3e ou 4e jour après le jour sommet, ces situations sont tolérées dans Rötzer/Sensiplan/sympto. Mais on ne sait pas comment ces cas sont traités dans TCOYF.

Température

Dans sa nouvelle édition de 2015, TCOYF admet que la 3e température haute et décisive peut intervenir en effet 3 jours après le JS comme sur sympto, contrairement à l’édition de 2002, où il fallait impérativement attendre le 4e jour ! Mais cette 3e température haute de 2015 ne doit pas accuser un minimum de 0.2 °C (0,4 F) ; il suffit qu’elle se situe de 0.15 °C (0,3 F) au-dessus de la ligne de base, ce qui est insuffisant pour les normes symptothermiques nfp sensiplan/Rötzer et sympto. Nous supposons que dans l’étude américaine de FACTS, cette diminution génère aussi des faux négatifs (des jours faussement infertiles) dans la phase postovulatoire. sympto peut admettre moins de 0.20 °C (0,4 F) pour la dernière température pour autant que la montée des températures se fasse en 4 jours, comprenant aussi une température manquante : c’est la loi fondamentale de sympto : Trois étoiles pleines en 4 jours (voir le passage « La loi fondamentale de sympto », dans le manuel la Symptothermie complète, page 49).

A propos de l’élixir 

tout comme Sensiplan-Rötzer-sympto, TCOYF fait une distinction claire entre le ressenti, (la sensation vaginale et sur la vulve) et ce qui est observable par l’œil ou au toucher. Mais la description « sticky » (collant) est ambiguë : elle ne caractérise pas seulement l’observation externe (nuage jaune sur sympto) mais (selon son modèle Billings) aussi le ressenti interne, ce qui est contraire aux systèmes sensiplan/Rötzer et sympto. Sur sympto, une clarification a été introduite à la suite de l’expérience de sympto 1 : le nuage jaune représente une observation externe du type collant grumeleux (donc sticky) et jamais un ressenti interne.

Le « collant », sticky, interne est un abus de langage, à éviter. Nous ne comprenons pas pourquoi toutes les écoles d’inspiration Billings (comme par ex. Justisse, Canada) perpétue cette expression : le ressenti vaginal peut être sec ou avec des démangeaisons (ou alors humide ou mouillé), mais selon nous il ne peut pas être « collant » comme une chemise qui colle sur la peau !

Programme d’allaitement

Sur OvaGraph, il y en a pas ; dans le livre TCOYF, les explications restent imprécises et, curieusement, il manque la notion du PIB ! Le grand défi du programme d’allaitement sur sympto est de déterminer correctement le PIB ,et ainsi de ne pas inutilement obliger la mère allaitante à prendre des températures trop tôt !

Les applications mobiles

Tout comme sympto, TCOYF propose une application qui interprète, OvaGraph. Dans la comparaison américaine de l’étude FACTS (publiée en juillet 2016) où sympto occupe la place n°1 des applis symptothermiques (étude téléchargeable sur http://www.sympto.org/etude2014_fr.html), OvaGraph occupe la place n°8. Nous ne connaissons pas les raisons détaillées de cette évaluation mais nous supposons que c’est surtout à cause du fait que cette méthode libère tout de suite un nombre important de jours infertiles préovulatoires qui ne le sont peut-être pas (faux négatifs) et qui, par conséquent, diminuent l’efficacité contraceptive du système!

Autres remarques

OvaGraph n’est pas proposé comme véritable alternative contraceptive.

Cette application ne permet pas de dialogue direct entre la conseillère et l’utilisatrice ; l’utilisatrice peut seulement poster ses cyclogrammes sur un forum interne, l’idée étant qu’elle s’achète le livre et consulte une spécialiste. Ainsi, l’application OvaGraph n’est pas un outil didactique autonome et complet comme sympto mais un moyen auxiliaire de motivation.

Dans le livre ou sur le site TCOYF, il n’y a aucune étude portant sur les applications. Toni Weschler, l’auteure, qui nous connaît pourtant depuis l’époque du Bioself (2002) et qui traite amplement des autres méthodes, ne mentionne jamais sympto…

Le livre TCOYF n’explique pas le fonctionnement de l’algorithme OvaGraph ; il faut s’en référer au site qui dit simplement que l’appli « est basée sur le livre de TCOYF ». Insuffisant selon nous. On aurait voulu savoir comment TCOYF intègre par exemple le paramètre de l’autopalpation et le jour sommet dans son application.

Comparaison rédigée en janvier 2017 par Harri Wettstein, Secrétaire général de la fondation SymptoTherm sous le titre « Quelques différences entre le système de Toni Weschler Taking Charge of Your Fertility (TCOYF) et sympto, La Symptothermie Complète (synthèse de nfp-sensiplan/Rötzer et al.) »

En savoir plus : Sympto.org et Symptothermie.com